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LA BARRIERE OUVERTE – Première Partie: L’AUTRE

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  • Publie par FranckFranck Aucun Commentaire Comments
    Derniere Mise a Jour: 24 septembre 2009

    slL’histoire du soleil et de la lune

    Dans la forêt, à l’endroit où le sentier est coupé par un creek, Ahndi cherchait dans la nuit les traces d’une présence humaine qui ne tarda pas à se manifester. Bien caché, il pouvait suivre la progression de l’homme qui marchait à sa rencontre. Soudain celui-ci s’immobilisa, puis, on entendit le chant de l’oiseau api. C’était bien le messager qui signalait ainsi qu’il était arrivé. Ahndi répondit de la même manière. Les précautions n‘étaient pas inutiles en ces temps troublés par la guerre, la méfiance habitait tous les êtres humains et la peur guidait leurs actes. Arrivé en haut de la montagne Sacrée, Engguouï déposa délicatement à terre un paquet protégé dans un tissu, l’ouvrit et étala son contenu sur l’étoffe déployée. Le silence accompagnait ses gestes emprunts de solennité.  Le paquet contenait un demi poisson  avec sa tête, un igname et une monnaie. Le discours qui suivi rappela les liens anciens qui  unissaient ceux d’en haut et ceux d’en bas. Les gens du bord de mer sollicitaient l’aide de ceux de la montagne. Même si les temps avaient changé, même si tout était différent, même si un nouvel ordre dictait sa loi, le geste conservait toute sa force. La terre était toujours la terre, le soleil était toujours le soleil, la lune était toujours la lune, et les liens ne pouvait être rompus. Ahndi et Engguouï parlèrent, comme le faisaient les vieux dont ils portaient encore les noms, du temps où, près d’un feu ou d’un creek se regroupaient avec leur carquois les hommes qui avaient quelque chose à se dire. Bientôt, les gens de la vallée allaient agir, et pour réussir, ils leur fallaient un refuge dans la forêt. Il s’agissait de demander la restitution de la terre où avaient toujours vécu les ancêtres  de Engguouï  avant la grande révolte. La famille Orsini n’avait pas, au contraire de beaucoup d’autres, ni coupé l’allée de pins colonnaires et les deux contres allées de cocotiers qui menaient à la grande case, ni détruit la tarodière, ni passé le tracteur à l’endroit où reposaient les vieux.  Le  deuxième Orsini y avait vécu au début de son mariage. Là- haut sur les hauteurs, du haut de ce promontoire, il pouvait voir en contre bas toute la propriété. C’était une petite vallée fermée naturellement par un cirque de montagne. Sur le plateau, il avait planté des agrumes autour de la maison que sous d’autres cieux, on aurait plutôt qualifiée de cabane ou de bicoque. Il faisait de l’élevage et produisait du café. Puis, il avait quitté cet endroit pour une autre maison près de la mairie où il avait succédé à son père comme premier magistrat de la commune. Son fils, lui même maire à son tour, habitait au village d’où il partait à cheval pour s’occuper de son troupeau. Malgré ses efforts et ses soins, il ne pouvait dépasser le chiffre de deux cents têtes de bétails. Il avait même fait le colporteur pour pouvoir garder petit Farino. C’était une grande gueule. Un jour, en pleine commission, il avait déclaré haut et fort en tant que président des éleveurs, qu’il vendait sa viande au marché noir bien au-dessus du cours fixé annuellement par la commission. Sans cette entorse à la loi, il aurait déjà dû quitter sa terre comme d’autres pour devenir rouleur ou conducteur d’engins. En pleine ruée vers l’or vert, beaucoup abandonnaient leur exploitation pour les salaires plus attractifs de la mine. L’affaire était embarrassante, très embarrassante …

    Dominique Pierre Mariotti

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